Les gentillesses

Je reçois même des cadeaux.

Toujours des jeunes, jamais des vieux (et vlan !). C’est à peine s’ils ont le temps de vous offrir un café. Les vieux vous embrassent, théâtralement, en public, pour bien montrer leur bienveillance à votre égard.

Mais les jeunes ont l’âme plus délicate.

Je me souviens de Gianni Amelio, sonnant à ma porte, en plein mois d’août, parce que je traduisais son Colpire al cuore[1], avec une énorme pastèque dans les bras, pour me remonter le moral. Et l’année suivante, c’est Peter Del Monte qui, trouvant que ma pièce était étouffante, m’a dit : « Vous ne voudriez pas un ventilateur ? Je viens de mettre l’air conditionné et j’en ai un presque neuf dont je n’ai plus besoin. » J’ai accepté avec émotion et, deux heures plus tard, il revenait avec un superbe appareil.

Andy Luotto m’a apporté des glaces et des géraniums en pot. D’autres arrivent avec des petits gâteaux. Il y en a qui pensent à vous, à votre fatigue, et ça fait plaisir.

Mais la plupart bondissent chez moi dans un cri haletant : « Vite ! Je suis garé en troisième position ! C’est prêt ? » Et c’est à peine s’ils vous disent merci.

La grande injustice, c’est que le scénario ou le traitement qu’on vous demande de traduire en catastrophe existe souvent depuis des semaines, parfois des années ! sur la table du producteur. Mais il attend le dernier moment (un contact pris à Cannes ou à Venise) pour tirer de son tiroir un texte dont il a besoin, mais alors « de toute urgence », et de vous le remettre avec des larmes dans la voix. Larmes de crocodile.

 
 

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  1. Droit au cœur (1982).
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