Éditorial

Les entretiens avec des cinéastes à propos de leurs films sont monnaie courante dans les revues de cinéma, imprimées et en ligne. Souvent passionnants, ils mettent en avant les actes de création que sont l’écriture du scénario, le tournage et les contributions des comédiens, ainsi que le montage. C’est bien souvent l’image qui est privilégiée, le son restant le parent pauvre des interviews, en particulier les dialogues.

La traduction des dialogues est encore moins évoquée dans ce type d’entretiens. La raison principale tient au fait que les réalisateurs n’interviennent pas, ou très peu, dans la fabrication des versions sous-titrées ou doublées de leurs films dans des langues qui leur sont étrangères. Il arrive cependant que des cinéastes ayant tourné dans une ou des langues autres que leur langue maternelle participent à la réalisation des sous-titres de leurs films. Une autre raison, et non des moindres, est liée au fait que la traduction s’effectue après coup, parfois très tard après l’achèvement d’un film, et qu’elle relève rarement de la postproduction.

Dans le cinéma dit d’auteur, les réalisateurs sont souvent scénaristes et dialoguistes de leurs propres films. Le destin que connaissent leurs dialogues lors de la traduction est une question aussi capitale au cinéma qu’elle l’est en littérature, mais fort peu commentée dans les revues cinéphiles.

Nous souhaitions depuis longtemps recueillir la parole de réalisateurs sur ce thème. Avec cette sixième livraison de L’Écran traduit, nous sommes heureux d’inaugurer ce que nous espérons être une longue et riche série d’entretiens avec des cinéastes. Matt Ross et Anaïs Duchet y dialoguent à propos de la réalisation de la version sous-titrée de Captain Fantastic, version née d’échanges entre le cinéaste américain et sa traductrice française.

La parole des cinéastes à propos de la traduction constitue également la matière d’un dossier consacré au doublage en 1970 par la revue italienne Filmcritica. Ce numéro de L’Écran traduit reproduit en français un premier volet de ce dossier reflétant les positions de réalisateurs italiens et étrangers sur le principe et la pratique de la postsynchronisation et du doublage. Nos « Notes de lecture » offrent un complément sur les raisons historiques de la domination écrasante du doublage dans ce pays.

Où l’on voit que traduire un dialogue pour le sous-titrage ou le doublage est un acte à la fois technique et artistique, comme bien des métiers du cinéma.