Qu’avez-vous ressenti en recevant le Prix 2025 de la traduction de documentaires audiovisuels ?
Le Prix ATAA est une reconnaissance du métier. Mon plus grand plaisir est qu’il m’ait été remis par mes pair.es. J’avoue que c’est un sentiment très agréable, celui de faire partie d’une profession, d’un corps de métier… Parce que l’adaptation est une activité souvent mal comprise de notre entourage.
Outre la traduction, l’écriture est au cœur du métier d’adaptateurice. Qu’en est-il vous concernant ?
J’ai une passion pour l’art du récit. Depuis toujours, je suis fascinée par le son, les voix, les langues. C’est dans cette approche que j’écris des histoires et des scénarios pour des spectacles de mapping monumental [fresque vidéo projetée sur des monuments, ndlr], souvent à destination du jeune public. Pour ces projets, outre le texte, je m’occupe entièrement de la bande-son : voix, bruitages, choix des musiques… Pour moi, le son est comme une langue, et je le travaille comme on travaille avec des mots. Cette activité se rapproche du métier de sound designer, et se pratique en collaboration avec les ingénieur.es du son en charge du mixage. Parmi mes autres collaborations, j’ai aussi co-écrit et co-réalisé un documentaire sur Jacques Trovic, un artiste d’art brut, qui a reçu le prix spécial du jury du festival Mifac [Marché International du Film sur les Artistes Contemporains, ndlr] en 2024. Néanmoins, je dédie en moyenne 80 % de mon temps à l’adaptation audiovisuelle.
Audiovisuel, spectacles, édition, musées… Vos activités sont éclectiques. D’où vient cette diversité ?
Même si cela peut sembler éclectique, le fil rouge de mes activités demeure l’articulation sons/mots/images, ainsi que l’art de raconter des histoires. J’ai commencé ma carrière comme conseillère littéraire pour des théâtres nationaux. Initialement, j’ai suivi une formation classique : hypokhâgne-khâgne, suivies de longues études en Lettres, Histoire et Sciences du langage, menées conjointement, parce que je ne voulais pas choisir. En parallèle, je fréquentais une école de théâtre.
À l’époque, je sentais déjà une très grande imperméabilité entre les activités, comme si l’on était sommés de choisir son camp, d’être immédiatement identifiable. C’est peut-être pour cette raison que, quelques années plus tard, je suis partie vivre à l’étranger. Grâce à ma formation de comédienne, j’ai continué de jouer, notamment en doublage, et grâce à ma formation littéraire, j’ai découvert la traduction puis l’adaptation. Alors qu’en partant loin j’avais le sentiment de pouvoir faire table rase, j’ai au contraire mobilisé mes différents centres d’intérêt et compétences. Dans ce nouveau cadre, j’ai découvert l’univers du son et des studios, le doublage, la voix-off et la voice over. J’ai réalisé que cela rassemblait tout ce que je savais faire. La rencontre de ces différentes activités me permettait de travailler à la fois dans l’univers sonore et celui de l’écriture. D’un coup, tout trouvait sens.
À mon retour en France, j’ai conservé mon réseau littéraire et continué à traduire pour des musées et institutions de différents pays comme la Tate Gallery ou la fondation Gala-Salvador Dalí. Et je me suis consacrée pleinement à l’adaptation.
